Rainer Maria Rilke (1875-1926) n'a pas tenu un journal intime au sens continu, mais plusieurs carnets, réunis a posteriori sous le nom de « Journaux ».

Les premiers, dits Journaux de jeunesse (Tagebücher aus der Frühzeit), comptent trois volets rédigés entre 1898 et 1900 : le Journal florentin (avril-juillet 1898), le Journal de Schmargendorf (1898-1900) et le Journal de Worpswede (septembre-décembre 1900). Rilke les écrit pour Lou Andreas-Salomé, son aînée, mentor et amante, comme un dialogue ininterrompu où il lui rend compte de ses impressions de voyage, de ses lectures d'art et de ses états d'âme. Le Journal florentin, né d'un séjour italien, est empreint d'exaltation esthétique face aux fresques de la Renaissance ; les deux suivants, marqués par un voyage en Russie et la découverte de la colonie d'artistes de Worpswede, montrent un jeune homme s'ouvrant davantage aux autres, notamment aux peintres Clara Westhoff, qu'il épousera, et Paula Becker. Restés inédits, ils ne paraissent qu'en 1942, publiés par sa fille, Ruth Sieber-Rilke, et son mari, Carl Sieber.

Un second document, le Journal de Westerwede et de Paris (1902), tient sur un simple agenda de cuir brun où Rilke, installé à Paris après avoir quitté Clara et leur fille à Westerwede, consigne pensées, projets, inquiétudes de santé et menues dépenses, dans les mois qui précèdent sa rencontre décisive avec Rodin.

En France, ces textes ont été traduits séparément : le Journal florentin par Maurice Betz, le Journal de Westerwede et de Paris par Pierre Deshusses (Rivages poche, 2001). Selon le Rilke-Archiv de Gernsbach, ces « Tagebücher » ne sont qu'une partie d'un corpus de vingt-quatre manuscrits, incluant aussi des cahiers scolaires et carnets de croquis.

Sans la régularité d'un journal quotidien, Rilke y mêle la relation de voyage, la méditation esthétique, la confession amoureuse et la notation fragmentaire. Ces carnets éclairent la genèse d'une sensibilité qui nourrira Les Cahiers de Malte Laurids Brigge et les grandes Élégies, avant que le jeune homme ne devienne l'une des voix majeures de la poésie en langue allemande.

Bibliographie des éditions françaises

  • Journal florentin, trad. Maurice Betz, ill. Jacques Despierre, Émile-Paul Frères, 1946 ; rééd. L'École des loisirs, coll. « L'école des lettres », 1998, 192 p.

  • Journaux de jeunesse (Journal florentin, Journal de Schmargendorf, Journal de Worpswede), trad. Philippe Jaccottet, Seuil, 1989 ; rééd. poche, 1991, 320 p.

  • Journal de Westerwede et de Paris, 1902, éd. établie par Hella Sieber-Rilke, trad. Pierre Deshusses, Rivages poche, coll. « Petite bibliothèque

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