« Écrits libertaires » : Camus chez les anarchistes. Un « nouvel ouvrage » à nuancer
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Les Belles Lettres ont publié le 21 août 2026, dans la collection « Le Goût des idées », Écrits libertaires 1948-1960. Le volume compte environ 350 pages et coûte 17 €. Il est préfacé par Alexis Lager, et l'édition et l'introduction sont de Lou Marin.
Le livre est moins inédit qu'il n'y paraît. Lou Marin, chercheur allemand issu du mouvement anarchiste non violent, avait déjà réuni ces textes dans Albert Camus et les libertaires (Égrégores, 2008). Indigène éditions les a ensuite repris sous le titre Écrits libertaires en 2013, avec des rééditions jusqu'en 2016. Il aura fallu vingt ans à Marin pour repérer les textes que Camus donna de son vivant à des revues libertaires. Les Belles Lettres offrent donc une nouvelle édition de ce corpus, dans un format plus large, et non une découverte.chasse-aux-livres+1
Le recueil rassemble les textes publiés par l'auteur de L'Homme révolté dans des revues et journaux libertaires. Il y ajoute des échanges et des réponses de ses interlocuteurs anarchistes. Parmi ces titres figurent Le Libertaire, La Révolution prolétarienne, Défense de l'Homme et Témoins. Les premières pages de l'extrait en ligne citent aussi Maurice Joyeux, Louis Lecoin, Gaston Leval et Rirette Maîtrejean. Ces pages dessinent un « socialisme libertaire », pluraliste et égalitaire, démocratique et internationaliste. Camus y lie la critique de la société de l'argent à la conciliation entre liberté individuelle et justice sociale. Ses combats concrets suivent la même ligne : le soutien aux réfugiés espagnols ; la défense des objecteurs de conscience et des syndicalistes algériens ; le refus du terrorisme aveugle et de l'assassinat politique.
L'éditeur retient cette formule : la liberté n'est « pas un cadeau qu'on reçoit d'un État ou d'un chef », mais un bien que l'on conquiert chaque jour.lesbelleslettres
Ce recueil bouscule l'image consensuelle d'un Camus purement méditerranéen et sensuel, indécis sur l'Algérie. Il le montre cherchant avec ses amis anarcho-syndicalistes algériens une solution fédérative et non violente. On l'y voit aussi rédiger un statut pour les objecteurs de conscience, saluer l'insurrection hongroise et plaider pour un parlement mondial. Ce portrait répond indirectement aux critiques qui, depuis Brochier jusqu'à Olivier Gloag dans Oublier Camus (2023), dénoncent son « humanisme aussi vague qu'ostentatoire ».
L'ouvrage a les limites de son genre. Il s'agit d'articles de circonstance, brefs, écrits pour des publications militantes, et il vaut moins par l'élaboration théorique que par la constance d'une position. Marin écrit aussi depuis le camp de la non-violence libertaire. Son introduction a donc ses couleurs, et le lecteur gagnera à la confronter aux biographies et à L'Homme révolté.
L'argument éditorial d'actualité reste séduisant : face aux regains autoritaires, Camus offrirait un « précieux viatique ». C'est un peu convenu, mais la pensée du refus, de la mesure et de la solidarité garde de quoi nourrir le débat.