Vera Sergueïevna Aksakova naquit le 7 février 1819 (19 février du calendrier grégorien), et mourut à Moscou le 24 février 1864 (7 mars). Les sources divergent sur le lieu de naissance : Novo-Aksakovo, domaine familial du gouvernement d’Orenbourg, ou Moscou. L’heure n’est pas connue. Elle était l’aînée des filles de l’écrivain Sergueï Aksakov, auteur de la Chronique de famille, et d’Olga Semionovna Zaplatina, elle-même fille d’un général et d’une captive turque. Ses frères Konstantin et Ivan comptèrent parmi les figures majeures du slavophilisme. Elle ne se maria pas et vécut toute sa vie dans le cercle de cette famille nombreuse, lettrée et fervente.

Les sources consultées ne documentent pas sa formation. Elle reçut vraisemblablement l’éducation domestique que ce milieu donnait aux filles. Elle n’exerça aucune profession, mais elle fut l’auxiliaire de son père : lorsqu’il entreprit l’Histoire de ma connaissance avec Gogol puis perdit la vue, elle devint sa secrétaire et sa main. Ce rôle d’ombre active, au service de l’œuvre d’un autre, éclaire la tonalité de son propre écrit.

Son Journal couvre exactement une année, du 14 novembre 1854 au 15 novembre 1855, en pleine guerre de Crimée. Il saisit, depuis la maison moscovite des Aksakov, les remous d’un pays qui s’éprouve : l’espoir un peu inquiet que suscite la mort de Nicolas Ier et l’avènement de son successeur, puis l’humiliation de la chute de Sébastopol. Les nouvelles du front y côtoient les lectures, les visites, les débats d’idées et la vie quotidienne d’un foyer où l’on pense la Russie à haute voix. On y trouve aussi les souvenirs de Vera sur les derniers jours de Gogol.

La particularité du texte tient à sa voix. Il n’a ni chiffre ni support insolite, mais, comme l’a souligné la critique italienne Emilia Magnanini, le « je » y est constamment tiraillé par le « nous ». La vision « chorale » du monde propre à la pensée slavophile, la densité des liens familiaux et la discrétion d’une fille dévouée tempèrent l’expression de soi. La diariste se laisse deviner plus qu’elle ne se dit, et l’intimité se dérobe derrière l’histoire collective.

Rien ne paraît du vivant de l’autrice. Le journal ne parut qu’en 1913, bien après sa mort, sous le titre Journal de Vera Sergueïevna Aksakova. Je n’ai trouvé aucune anecdote documentée sur cette publication, ni sur un accueil public ou critique contemporain. Le texte sombra ensuite dans un long oubli, que ses éditeurs récents jugent immérité. Il a été réimprimé en Russie, avec les notes sur Gogol, comme source précieuse sur la Russie du milieu du XIXᵉ siècle et sur les convictions politiques et philosophiques des slavophiles vues de l’intérieur.

 

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