Diariste américain, né le 30 octobre 1735 (19 octobre selon le calendrier julien alors en vigueur) dans le North Precinct de Braintree, au Massachusetts, devenu Quincy en 1792. Il est mort à Quincy le 4 juillet 1826, cinquante ans jour pour jour après la Déclaration d'indépendance. 

Fils aîné du diacre John Adams, fermier et cordonnier, et de Susanna Boylston, issue d'une grande famille médicale de Nouvelle-Angleterre, il fut destiné à la chaire par un père puritain. Entré à Harvard en 1751, il y fut diplômé en 1755, puis enseigna à Worcester tout en étudiant le droit. Admis au barreau en 1759, il exerça à Braintree et à Boston. Il épousa Abigail Smith en 1764, et leur fils John Quincy Adams devint à son tour président. Défenseur de l'indépendance, rédacteur de la constitution du Massachusetts, diplomate à Paris, à La Haye et à Londres, il fut le premier vice-président puis le deuxième président des États-Unis (1797-1801).

L'homme public a fait oublier le diariste, et c'est un tort. Adams tient son journal pendant près d'un demi-siècle, de 1755 à 1804, mais l'habitude lui vient plus tôt. Un cahier d'étudiant, ouvert à Harvard le 8 juin 1753, s'ouvre sur des relevés de temps qu'il fait, par une écriture presque météorologique. Le journal proprement dit commence le 18 novembre 1755, au lendemain d'un tremblement de terre qui l'a tiré du sommeil dans la maison paternelle. Il le tient d'abord par à-coups, puis le reprend en 1758 et ne cesse plus de s'y confier. Il y adjoindra, sur le tard, une Autobiographie destinée à ses enfants. Elle éclaire en retour le journal de ses commentaires.

Le manuscrit n'offre aucune des singularités qui font parfois le charme du genre. Il ne contient ni chiffre, ni langue secrète, ni support insolite. Ce sont de petits cahiers de format quarto, tenus d'une main hâtive, où l'orthographe garde les libertés de l'époque (« Colledge »). L'originalité est ailleurs, dans le ton. Le jeune maître d'école y consigne sa pluie, ses classes manquées et ses indispositions, mais aussi son désir d'être un jour un « grand homme », admiré pour son honneur et sa réputation. Le journal est à la fois un miroir et un instrument d'ambition. Plus tard, il devient un témoin de premier ordre de la résistance du Massachusetts, des débats des premiers Congrès continentaux, de la diplomatie et des finances de la Révolution. On y trouve des portraits de contemporains tantôt scintillants, tantôt franchement partiaux.

Adams n'a rien publié de son journal de son vivant. Le manuscrit dormit dans les archives familiales jusqu'à ce que son petit-fils, Charles Francis Adams, en tire une édition fort abrégée, intégrée aux Works of John Adams (1850). Les passages les plus mordants sur les contemporains furent en partie omis, par prudence familiale. Il fallut attendre le don des papiers à la Massachusetts Historical Society, dans les années 1950, pour que le texte paraisse en entier. L'édition en quatre volumes de L. H. Butterfield, Leonard C. Faber et Wendell D. Garrett (Harvard University Press, 1961, rééditée en poche en 1964) fut complétée en 1966 par le fragment de jeunesse. Je n'ai pas trouvé de documents précis sur l'accueil du public et de la critique lors de ces parutions. Une chose est établie : avant 1961, le journal restait peu familier du grand public et servait surtout de carrière aux historiens.

Le journal est désormais accessible en ligne grâce à l'édition numérique de la Massachusetts Historical Society. Il demeure la source majeure sur la naissance d'une nation vue de l'intérieur, et un document rare sur la fabrication d'un caractère.

Rien n'y est écrit pour plaire, ce qui en fait la valeur. Adams s'y examine sans indulgence, avec sa vanité, ses rancunes et ses enthousiasmes, et passe sans transition d'une averse sur Worcester à l'avenir du continent. Il offre au lecteur de journaux intimes cette rareté : un homme qui se fait lui-même devant sa page, et qui ne s'en cache pas.

 

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