L’histoire des écrits cartusiens se lit à travers plusieurs corpus : coutumes monastiques, lettres, méditations, traités de contemplation et enseignements spirituels, comme le montrent les éditions de référence réunies dans la bibliographie officielle des Chartreux. Pour une enquête sur les écrits personnels, je recommande de commencer par les pensées de Guigues Ier et les correspondances, plutôt que de chercher d’emblée un équivalent du journal intime moderne.

L’ermitage de Chartreuse est fondé en 1084 par Bruno et six compagnons ; Bruno ne laisse pas de règle écrite, et c’est Guigues, cinquième prieur, qui achève en 1127 les « Coutumes de Chartreuse », description des usages devenue le fondement de la législation cartusienne . Les premières lettres conservées font entendre les voix de Bruno, de Guigues et d’Anthelme, puis celles des moines de Portes : elles constituent une entrée particulièrement directe dans les personnes, les relations et les préoccupations de cette première génération.

Du XIIe au XVIe siècle, des pensées aux grandes synthèses, les genres se diversifient : pensées personnelles chez Guigues Ier, exposé de la vie contemplative chez Guigues II, théologie mystique chez Hugues de Balma, méditations évangéliques chez Ludolphe de Saxe, traités théologiques et spirituels chez Denys le Chartreux, prières et lettres chez Lansperge. Le passage à l’imprimé est notamment perceptible dans la diffusion de la « Vita Christi », dont la BnF recense des éditions latines et françaises dès le XVe siècle.

La correspondance d’Innocent Le Masson documente le gouvernement de l’ordre et ses préoccupations religieuses ; son édition par Augustin Devaux est complétée en 2005 par un volume d’index dans les « Analecta Cartusiana ». À une autre échelle, les lettres d’un chartreux de Bonpas à sa famille, issues d’un manuscrit de la seconde moitié du XVIIIe siècle, montrent comment les conseils spirituels et l’évocation de la vie solitaire circulent hors du monastère.

Les XXe et XXIe siècles sont ceux de la publication et de la transmission. Augustin Guillerand et Jean-Baptiste Porion offrent deux ensembles majeurs de textes spirituels et épistolaires ; la bibliographie officielle identifie aussi André Poisson derrière certains ouvrages signés « Un chartreux ». La publication posthume des méditations de Cyril Pierce, en 2026, prolonge cette transmission d’un enseignement d’abord destiné à la communauté.

Principaux auteurs et textes

 

Auteur

Place dans le corpus et lecture conseillée

Bruno de Cologne

Fondateur dont les lettres, notamment à Raoul le Verd et à la communauté de Chartreuse, sont à lire dans les « Lettres des premiers chartreux », tome I ; l’édition donne le contexte, le texte latin et la traduction (SC 88).

Guigues Ier

Prieur de 1109 à 1136, auteur des « Coutumes » et de 476 pensées réunies sous le titre « Les Méditations » ; point de départ privileged pour les écrits personnels (SC 308).

Guigues II

Auteur de la « Lettre sur la vie contemplative », ou « L’Échelle des moines », décrivant lecture, méditation, prière et contemplation, et des « Douze méditations » (SC 163).

Hugues de Balma

Auteur de la « Théologie mystique », vers la fin du XIIIe siècle, consacrée aux voies purgative, illuminative et unitive ; un texte longtemps imprimé parmi les œuvres de Bonaventure (SC 408).

Ludolphe de Saxe, mort en 1378

Sa « Vita Christi », ou « Vie de Jésus-Christ », associe les Évangiles et les sentences des Pères dans une œuvre de méditation ; ne pas la classer comme une autobiographie (BnF).

Robert le Chartreux, XIVe siècle

Moine de Bourgfontaine, auteur de traités ascétiques en français, dont « Le Chastel périlleux », « Le Trésor de l’âme » et les « Conseils pieux à une femme mariée » ; utile pour élargir l’enquête au-delà du latin et du lectorat monastique (Arlima).

Denys le Chartreux, 1402–1471

Auteur d’une œuvre considérable de commentaires et de traités, dont « De contemplatione » ; pour aborder sa spiritualité en traduction, repérer « La vie et la fin du solitaire » et le « Livre de vie des recluses » (étude de Christian Trottmann ; catalogue Spiritualité cartusienne).

Lansperge, 1489/1490–1539

Jean Gerecht de Landsberg, chartreux de Cologne, auteur de prières et d’écrits spirituels ; lire « Épître de Jésus Christ et autres lettres », Parole et Silence, 2013, en distinguant l’épître spirituelle de la correspondance documentaire (présentation des prières ; bibliographie officielle).

Innocent Le Masson

Auteur et supérieur de l’époque moderne dont la « Correspondance », éditée par Augustin Devaux, intéresse l’histoire institutionnelle autant que la spiritualité (Oxford Academic).

Augustin Guillerand, 1877–1945

Lettres, notes et sermons capitulaires ; lire « Silence cartusien », « Voix cartusienne », « Face à Dieu » et la sélection présentée par André Ravier (bibliographie officielle ; édition Sainte-Madeleine, 2025).

Jean-Baptiste Porion, mort en 1987

Auteur d’« Amour et silence », procureur général à Rome de 1946 à 1981, correspondant des Maritain, de Journet et de Fumet ; ses lettres constituent un observatoire des échanges entre solitude monastique, vie intellectuelle et transformations de l’Église (Lettres et écrits spirituels).

André Poisson

Identifié par l’ordre comme l’auteur de « Prière du Cœur et Prière Théologale », AAVC, 1989, publié sous la signature « Un chartreux » (bibliographie officielle).

Cyril Pierce, 1933–2023

Ancien maître des novices puis prieur de Parkminster ; une partie de ses conférences a nourri la collection « Sagesse des Chartreux », et ses méditations sont réunies en français en 2026

 

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