Les écrits de la folie, 1ère partie. Les écrits de déments
05 sept. 2026/image%2F7219821%2F20260905%2Fob_cbb06a_image-7219821-20260317-ob-32864f-rien.jpg)
Les écrits de la folie — ceux produits dans la folie et ceux produits sur la folie — forment deux continents littéraires et sociaux distincts, mais profondément entremêl
és. Les premiers sont des documents d’expérience intérieure ; les seconds sont des dispositifs d’observation, d’interprétation, parfois de contrôle. Leur apport social, leur statut éditorial et leur réception commerciale diffèrent radicalement. Nous abordons ici les premiers, les écrits de déments forment une littérature involontaire, fragmentaire, fulgurante.
Ce sont des écrits produits dans l’état de crise, souvent sans intention littéraire : lettres incohérentes, journaux de délire, manifestes mystiques, dessins-textes, logorrhées scripturales, « écrits automatiques » avant l’heure. Ils relèvent d’une écriture de nécessité, non d’une écriture d’auteur.
Leurs caractéristiques stylistiques sont identifiables par une désorganisation syntaxique, (ruptures, néologismes), une hyper‑symbolisation (tout devient signe), une prétendue persécution (mission, révélation comme motifs récurrents), une sujétion à la graphomanie (accumulation compulsive), une écriture comme lutte contre l’effondrement du moi.
Il y a peu d’auteurs reconnus dans ce domaine. Quand il en existe, ce sont rarement des « auteurs » au sens littéraire, mais certains ont été édités ou reconnus pour la puissance de leurs textes. C’est le cas pour Adolf Wölfli — figure majeure de l’art brut (écrits délirants mêlés à des dessins), Aurélia Schneider (édition de textes d’hospitalisés anonymes), les écrits des patients de La Borde, collectés par Jean Oury, les cahiers de Schreber (mémoires d’un délire paranoïaque), es écrits de Vaslav Nijinski (journal de la psychose), Antonin Artaud — cas limite : écrivain reconnu, mais textes de la période d’internement considérés comme « écrits de crise ».
L’apport social est précieux : document brut de l’expérience psychotique, matériau clinique pour psychiatres, historiens de la folie, révélation de subjectivités invisibles (voix de ceux qui n’ont pas de place dans l’espace public), déconstruction du stigmate (montrer que la folie produit du sens, même déformé),
Il est complété par un modeste impact éditorial et commercial (tirages faibles, lectorat spécialisé), mais par une forte présence dans les revues psychiatriques, les fonds d’archives, les musées d’art brut. On notera aussi quelques succès critiques (Wölfli, Artaud), mais quasi aucun succès commercial massif.