Rien ne prédestinait une ville de vingt-deux mille habitants des Alpes-de-Haute-Provence à devenir, chaque fin septembre, le rendez-vous où la rentrée littéraire prend la parole à voix haute. C'est pourtant ce que Les Correspondances accomplissent depuis 1999, et que la 28e édition, du 23 au 27 septembre 2026, s'apprête à prolonger.

Un festival né d'un déménagement

L'histoire commence ailleurs : à Grignan, en 1996, sous le nom de « Nuits de la Correspondance ». Des différends avec la municipalité poussent l'équipe à chercher un port d'attache ; Manosque, qui veut alors se doter d'une politique culturelle, l'accueille en 1999. Le nom se resserre en « Correspondances » vers 2003-2004, quand il apparaît que le pur épistolaire tire la manifestation vers le patrimonial alors que l'ambition était la création contemporaine.

Fondé par Olivier Adam et Olivier Chaudenson, le festival fait figure de pionnier : à l'époque, les salons du livre ne proposent guère que des dédicaces. L'idée est simple et neuve — faire entendre les textes plutôt que faire signer les auteurs, et les mettre en « correspondance » avec la musique, l'image, le dessin. Dès la première année, Jacques Higelin vient lire son roman. Chaudenson, par ailleurs directeur de la Maison de la Poésie de Paris, en tient toujours la barre, aujourd'hui avec Evelyn Prawidlo. Le modèle a fait école : c'est de Manosque qu'est parti Relief, le réseau national des événements littéraires et festivals.

Un public qui écrit autant qu'il écoute

Le festival annonce plus de 16 000 personnes en cinq jours, la Sofia évoquant même 18 000 festivaliers : les chiffres varient selon les modes de comptage, mais l'ordre de grandeur est stable. Livres Hebdo situait le budget 2025 autour de 400 000 euros, porté notamment par la collectivité territoriale et la Fondation La Poste.

L'économie du festival tient à un équilibre : la ville est gratuite, le théâtre Jean-le-Bleu payant. Onze événements exigent une réservation, et l'appétit du public se lit dans un détail éloquent : ouverte le 28 juillet, la billetterie a dû être réabondée le 25 août, avec remise en vente de places sur des spectacles déjà complets.

Reste la marque de fabrique : une centaine d'« écritoires » dispersés dans la ville, papier, enveloppes et stylos à disposition, et des milliers de lettres affranchies gratuitement par le festival. Ici, le lecteur devient épistolier. Le travail se poursuit hors saison, avec un club de lecture et une résidence d'écrivain adossée à des ateliers destinés en priorité aux jeunes des quartiers prioritaires et des zones rurales.

2026 : les lettres au premier plan

Quarante-six auteurs — vingt-sept femmes, dix-neuf hommes —, dix premiers romans, une trentaine d'éditeurs. Alexandre Lenot y est l'écrivain en résidence.

Le versant épistolaire est cette année somptueux. Anne Alvaro et Constance Dollé liront « Baisers du singe », la correspondance 1904-1941 de Virginia Woolf et de sa sœur Vanessa Bell ; Emmanuel Noblet portera les « Lettres à Sigurd » de Romain Gary, adressées à un camarade du lycée de Nice et retrouvées des décennies plus tard ; Nicolas Bouchaud dira les lettres de Nicolas de Staël, 1926-1955, dont celles à René Char.

Autour, les croisements attendus : Yannick Haenel en ouverture avec « La solitude des professeurs est infinie », le concert dessiné d'Arthur H et Alfred, le concert littéraire de Vincent Delerm, les siestes littéraires de Bastien Lallemant — rejoint pour la première fois par Mathieu Boogaerts — et, en clôture, Fanny Ardant disant Éluard avec Jean-Jacques Burnel, des Stranglers.

Le geste le plus émouvant sera peut-être le plus silencieux : le dimanche, la maison de Jean Giono rouvre au public, et l'on flânera dans les jardins du Paraïs avec Jacques Bonnaffé et Rémy Poulakis. Vingt-huit ans après, le festival revient là où tout, à Manosque, avait commencé.

Manosque, capitale des lettres vivantes

Rien ne prédestinait une petite ville des Alpes-de-Haute-Provence à devenir, chaque fin septembre, le lieu où la rentrée littéraire prend la parole. C'est pourtant ce que Les Correspondances accomplissent depuis 1999, et que la 28e édition, du 23 au 27 septembre 2026, prolongera.

Un festival né d'un déménagement

L'histoire commence ailleurs : à Grignan, en 1996, sous le nom de « Nuits de la Correspondance ». Brouillée avec la municipalité, l'équipe cherche un port d'attache : Manosque, qui veut se doter d'une politique culturelle, l'accueille en 1999. Le nom se resserre vers 2003-2004 : le pur épistolaire tirait trop la manifestation vers le patrimonial.

Fondé par Olivier Adam et Olivier Chaudenson, le festival fait figure de pionnier : les salons du livre ne proposent alors guère que des dédicaces. L'idée est neuve : faire entendre les textes plutôt que faire signer les auteurs, et les mettre en « correspondance » avec la musique et l'image. Chaudenson en tient toujours la barre, aujourd'hui avec Evelyn Prawidlo, et le modèle a fait école : Relief, le réseau national des festivals littéraires, est né ici.

Un public qui écrit autant qu'il écoute

Le festival annonce plus de 16 000 personnes en cinq jours, la Sofia évoquant même 18 000 festivaliers : les comptages varient, l'ordre de grandeur est stable. Le budget 2025 tournait autour de 400 000 euros, porté par la collectivité territoriale et la Fondation La Poste. La ville est gratuite, le théâtre Jean-le-Bleu payant : onze événements exigent une réservation et, signe d'appétit, la billetterie ouverte le 28 juillet a dû être réabondée le 25 août.

Reste la marque de fabrique : une centaine d'« écritoires » dans la ville, papier et stylos à disposition, des milliers de lettres affranchies par le festival. Ici, le lecteur devient épistolier. Le travail se poursuit hors saison : club de lecture et résidence d'écrivain assortie d'ateliers pour les jeunes des quartiers prioritaires et des zones rurales.

2026 : les lettres au premier plan

Quarante-six auteurs — vingt-sept femmes, dix-neuf hommes —, dix premiers romans, une trentaine d'éditeurs, et Alexandre Lenot en résidence. Le versant épistolaire est somptueux : Anne Alvaro et Constance Dollé liront la correspondance de Virginia Woolf et de sa sœur Vanessa Bell ; Emmanuel Noblet portera les « Lettres à Sigurd » de Romain Gary ; Nicolas Bouchaud dira Nicolas de Staël, dont ses lettres à René Char.

Autour, les croisements attendus : Yannick Haenel en ouverture, le concert dessiné d'Arthur H et Alfred, le concert littéraire de Vincent Delerm, les siestes de Bastien Lallemant et, en clôture, Fanny Ardant disant Éluard avec Jean-Jacques Burnel, des Stranglers.

Le plus émouvant sera peut-être le plus silencieux : le dimanche, la maison de Jean Giono rouvre au public, et l'on flânera dans les jardins du Paraïs avec Jacques Bonnaffé et Rémy Poulakis. Vingt-huit ans après, le festival revient là où tout, à Manosque, avait commencé.

 

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