La première chose que nous ne sommes pas prêts à accepter, c’est que l’IA soit un outil de travail universel. Universel, donc aussi artistique. Artistique, donc aussi littéraire. Nous l’exprimions déjà dans ces colonnes en 2023 à l’occasion d’un Libé des écrivains orchestré par Giuliano Da Empoli en disant que «l’IA sera[it] la nouvelle machine à écrire». Trois ans plus tard, la pilule n’est toujours pas avalée. L’ensemble de la polémique relative à C’était ça ou mourir exprime ce refus catégorique. Orélien est «accusé» d’avoir utilisé l’IA. Il s’en «défend». C’est une honte. Tôt ou tard, c’est cela qu’il va nous falloir réévaluer. Pourquoi serait-ce une honte ? Pourquoi rédiger une note de stratégie marketing pourrait se faire au moyen de l’IA, mais pas un roman ? Si effectivement Orélien a utilisé l’IA, ce qui lui est reproché, c’est non seulement de l’avoir fait, mais aussi de l’avoir dissimulé. Or, dans un monde où créer avec l’IA n’est pas accepté, l’assumer aurait été impensable. Nous n’empêcherons pas les auteurs d’utiliser l’IA, alors permettons-leur de le faire en toute transparence. Par Antoine Buéno, essayiste. Libération, le 24 septembre 2026.
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