Lecture. Cher Voltaire : quand Madame du Deffand ferraillait avec le philosophe
01 oct. 2026
Publié le 1er octobre 2026 par Victor De Sepausy sur ActuaLitté
Deux vieillards s’écrivent comme d’autres croisent le fer. L’un règne depuis Ferney sur l’Europe des idées ; l’autre, aveugle, tient encore salon à Saint-Joseph et refuse de céder sur le goût, l’esprit ou l’art de s’ennuyer. Cher Voltaire restitue moins un échange sage entre deux monuments qu’un commerce vif, capricieux, traversé de silences, de susceptibilités, de nouvelles du monde et d’une commune hantise du vide. Dès 1764, Voltaire le constate : « Notre commerce à tâtons devient vif, Madame. »
Madame du Deffand possède l’art de jeter une phrase comme une lame sur la table. Elle réclame des livres, jauge les auteurs, s’irrite d’être oubliée, puis taille dans le vif : « Pourquoi ne pas se taire quand on n’a rien à dire ? » Chez elle, la mélancolie n’a pas le temps de devenir pose. Son mal est profond, son style refuse l’emphase. Quand surgit « Il n’y a qu’un malheur, celui d’être né. », le gouffre s’ouvre ; une page plus loin, un ragot, une lecture, une colère littéraire ou une affaire de cour remet la conversation en mouvement.
Voltaire répond avec une énergie presque insolente à force de durer. Il conseille, cajole, raille, digresse, transforme les nouvelles politiques en matière comique et rapporte toujours la philosophie au corps qui vieillit. Il ne digère plus, devient sourd, voit les neiges du Jura lui brouiller la vue : « Cela est à peu près abominable. »