À partir du XIXe siècle, l’imprimerie, la presse, les réformes éducatives, les circulations entre le Proche-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe, puis les indépendances et les luttes anticoloniales modifient le paysage. Le récit de soi devient un lieu de débat sur la modernité, la langue, l’émancipation, la nation, la religion, la sexualité, l’exil et la condition féminine.

Quelques repères majeurs

Auteur ou autrice

Œuvre / type d’écrit

Enjeu diaristique ou autobiographique

Ṭāhā Ḥusayn, Égypte

Al-Ayyām (Le Livre des jours, 1926-1927)

Formation d’un intellectuel aveugle ; autobiographie littéraire, sélective et fortement composée

Aḥmad Fāris al-Shidyāq

Al-Sāq ‘alā al-sāq (Leg over Leg)

Texte hybride, satirique et autobiographique, entre voyage, polémique, récit de formation et expérimentation langagière

Hudā Shaʿrāwī, Égypte

Harem Years

Mémoires d’une féministe et militante ; passage de l’espace domestique à la scène publique

Fadwā Ṭūqān, Palestine

A Mountainous Journey / A Difficult Journey

Autobiographie d’une poète : famille, apprentissage, genre, Palestine et affirmation d’une voix

Laṭīfa al-Zayyāt, Égypte

The Search

Articulation de la vie intellectuelle, de l’engagement politique et de la mémoire personnelle

Assia Djebar, Algérie

récits autobiographiques en français

Une écriture de soi traversée par la colonisation, les langues, le silence imposé aux femmes et la mémoire collective

Edward Said, Palestine / États-Unis

Out of Place

Enfance diasporique, déplacement des langues et des appartenances, formation d’un intellectuel transnational

Maḥmūd Darwīsh, Palestine

prose mémorielle et autobiographie poétique

Le moi devient le lieu d’une mémoire nationale, sans se réduire à elle

Dans cet ensemble, il serait plus juste de parler de littératures du moi que de simple journal intime. Mémoires, témoignages, récits d’enfance, journaux, romans autobiographiques et prose poétique communiquent constamment. La critique souligne d’ailleurs que les mémoires sont beaucoup plus abondants que l’autobiographie au sens strict dans les littératures arabes modernes.

L’écriture féminine est particulièrement décisive. Elle ne se limite pas à révéler une intimité prétendument cachée : elle interroge les frontières mêmes du privé et du public. Les récits de Hudā Shaʿrāwī, Fadwā Ṭūqān, Laṭīfa al-Zayyāt, Laylā ʿUsayrān, Fāṭima Mernissi ou d’autrices algériennes écrivant en français font du récit de soi un outil de critique des autorités familiales, sociales, religieuses, coloniales ou étatiques.

Le journal contemporain

Dans le monde arabe contemporain, le journal personnel tend à être moins une institution littéraire autonome qu’une forme mobile, à la frontière de plusieurs pratiques :

  • Carnets d’écrivains et de poètes.
  • Journaux de prison et récits de détention.
  • Chroniques de guerre, de siège ou d’occupation.
  • Blogs, publications Facebook, fils X/Twitter, messages WhatsApp, notes vocales et carnets numériques.
  • Textes de diaspora, où le journal accompagne une existence multilingue et fragmentée.
  • Autobiographies différées : les notes prises sur le moment deviennent ensuite un livre, souvent réorganisé et édité.

Cette porosité est essentielle. Le diariste contemporain écrit fréquemment avec un lecteur futur à l’esprit : proches, communauté militante, lecteurs étrangers, éditeurs, journalistes, traducteurs. Ce n’est pas nécessairement une trahison de l’intime ; c’est une autre condition de l’intime, vécue sous surveillance, en exil, sous censure ou au sein de conflits où l’existence même doit être documentée.

Le cas de la Palestine est exemplaire. Les journaux d’écrivains palestiniens ne séparent pas facilement le quotidien domestique de l’histoire collective : chercher de l’eau, nourrir un enfant, recevoir une information, trouver un abri ou constater la disparition d’une maison sont simultanément des faits intimes, sociaux et politiques. C’est précisément cette interpénétration qui donne à ces textes leur valeur littéraire et documentaire.

À suivre

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