Né le 1er novembre 1935 à Jérusalem, alors sous mandat britannique, Edward Wadie Said grandit entre la Palestine, le Liban et surtout Le Caire, dans une famille palestinienne chrétienne, aisée et cosmopolite. Son père, détenteur de la nationalité américaine, lui transmet une citoyenneté qui ne résout nullement son sentiment de déracinement. Après une scolarité au Caire, puis aux États-Unis, Said étudie à Princeton et Harvard avant d’enseigner, dès 1963, la littérature anglaise et comparée à l’université Columbia, à New York.

Edward W. Said fut l’un des grands critiques littéraires et intellectuels palestino-américains du XXe siècle. Professeur de littérature comparée à Columbia University, il a profondément renouvelé l’étude des représentations occidentales de l’Orient avec L’Orientalisme (1978), ouvrage fondateur des études postcoloniales.

Sa notoriété internationale vient de L’Orientalisme, qui analyse la manière dont l’Europe et les États-Unis ont fabriqué, dans les savoirs savants, les arts et la politique, une image simplifiée et dominatrice de « l’Orient ». Critique littéraire, essayiste politique, musicien et chroniqueur, Said fut aussi l’une des voix les plus écoutées de la cause palestinienne. Il est mort à New York le 25 septembre 2003, à 67 ans.

Son principal texte autobiographique, Out of Place (1999), traduit en français sous le titre À contre-voie en 2000, n’est pas un journal intime au sens strict : ni notes datées, ni chronique quotidienne de soi. C’est une autobiographie de mémoire, rédigée alors que Said est atteint d’une leucémie, et organisée autour d’une expérience centrale : celle de ne jamais coïncider entièrement avec une langue, un pays, un nom ou une appartenance.

Le titre anglais, Out of Place, désigne moins un exil géographique qu’une discordance identitaire. Saïd se sent déplacé dans tous les espaces où il vit : Palestinien dans un monde arabe traversé de hiérarchies sociales et nationales ; Américain sans se reconnaître dans le récit dominant des États-Unis ; anglophone éduqué dans des institutions britanniques et américaines, mais attaché à l’arabe, à la Palestine et à une histoire familiale menacée d’effacement.

Le texte tire sa force de cette pluralité, jamais apaisée. Le prénom « Edward », anglais, et le patronyme « Said », arabe, deviennent les signes condensés d’une identité divisée. L’autobiographie ne cherche donc pas à restaurer une unité biographique fictive ; elle fait de la discontinuité son principe de composition. Souvenirs de Jérusalem, vie cairote, pensionnat britannique, départ américain, relations familiales et apprentissage musical s’assemblent comme les fragments d’une existence sans centre fixe.

 

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