Pedro Antonio Joaquín Melitón de Alarcón y Ariza naît à Guadix, Espagne, le 10 mars 1833, dans une famille noble déclassée, ruinée par la guerre d'Indépendance. Il est le quatrième des dix enfants de Pedro de Alarcón et de Joaquina de Ariza. Ce diariste mourra le 19 juillet 1891 à Madrid.

Il commence le droit à Grenade en 1847. Les difficultés financières de la famille, puis la volonté paternelle, le ramènent à Guadix, où il entre au séminaire pour y étudier la théologie. Il quitte le séminaire en 1853 et part pour Madrid chercher la gloire littéraire. Il y devient journaliste, et en 1854 il dirige le journal républicain El Látigo. Ses premiers pas au théâtre sont malheureux : son drame El hijo pródigo (1857) est sifflé selon la Britannica de 1911. Le revers le pousse, dit-on, vers la guerre du Maroc.

Il s'y engage le 22 novembre 1859 comme volontaire, au bataillon de chasseurs de Ciudad Rodrigo n° 9. Il voulait d'abord être correspondant de guerre, et il s'enrôle aussi comme soldat. Revenu blessé et décoré, il retrouve une vie publique chargée. Il siège aux Cortès, est nommé ministre en Suède, devient sénateur et, en 1875, conseiller d'État sous Alphonse XII. Élu à l'Académie espagnole, il y est reçu en 1877. Il se marie le 24 décembre 1865 avec Paulina Contreras y Reyes, dont il a huit enfants. Il meurt dans son logement de la calle de Atocha. Les sources divergent sur la cause et sur le lieu exact de sa mort, et je ne tranche pas.

Son œuvre est surtout romanesque : El sombrero de tres picos (1874), El escándalo (1875), El niño de la bola, El capitán Veneno (1881) et La pródiga (1882). S'y ajoutent des récits de voyage, dont De Madrid a Nápoles (1861) et La Alpujarra. Sa part diaristique tient en un seul livre, le Diario de un testigo de la guerra de África.

Ce Diario n'est pas un journal intime. C'est une chronique de campagne, tenue jour après jour par un soldat-reporter. Elle est écrite sous la tente, par exemple le soir du 26 décembre 1859, trempé jusqu'aux os, près de Ceuta. Le « je » du témoin y mêle le récit des marches et des combats, la vie quotidienne des troupes et la couleur orientale du Maroc. L'écriture n'est pas codée et le support n'a rien d'insolite, mais la situation d'énonciation est singulière. Le livre est composé en direct, pour un public qui attend des nouvelles du front. Une critique contemporaine y voit des pages fondatrices du journalisme moderne en espagnol. Le ton est patriotique et épique, et la rhétorique y a sa part.

Le texte est publié du vivant de l'auteur, et d'abord en feuilleton. Les chroniques paraissent dans La Época de Madrid, de décembre 1859 à la fin de mars 1860. Elles sont ensuite réunies en volume chez Gaspar y Roig. Les catalogues donnent 1859 ou 1860, la date de 1860 paraissant la plus cohérente avec la parution en feuilleton. L'anecdote d'un lancement fulgurant est largement répétée. Selon la Britannica de 1911, la première édition de cinquante mille exemplaires est vendue en quinze jours. Une notice de la bibliothèque du CSIC parle de quelques jours. Ces chiffres sont rapportés par des sources secondaires, et je les donne avec prudence.

L'accueil du public est enthousiaste. Le livre procure à son auteur d'importants bénéfices et une notoriété qui dépasse la péninsule. Il est salué comme un récit brillant de l'expédition. Les sources disponibles soulignent surtout son talent descriptif et sa vivacité. Je n'ai pas trouvé de critiques d'époque détaillées, et je ne prête donc pas de reproches précis aux contemporains.

Le Diario demeure son premier grand succès et l'un de ses textes les plus durables. Les éditions savantes se poursuivent, par exemple celle de Pilar Palomo à la Fundación José Manuel Lara en 2005. La postérité d'Alarcón est pourtant dominée par El sombrero de tres picos, dont s'inspirera la suite de Manuel de Falla. Le Diario reste la référence sur la guerre de 1859-1860 et sur l'image du Maroc dans l'Espagne du XIXe siècle.

Alarcón n'est pas un diariste de l'intime, mais il a su faire d'une campagne un récit où l'on entend encore la pluie sur la toile des tentes et le pas des bataillons.

 

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