Souvarine, Écrits. L'un des premiers critiques systématiques du stalinisme
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Boris Souvarine (1895‑1984) fut l’une des figures les plus singulières du communisme français : fondateur du PCF, puis dissident précoce, historien du bolchevisme et critique pionnier du stalinisme. ---
Né à Kiev en 1895 dans une famille ouvrière juive, Boris Lifschitz — futur Boris Souvarine, pseudonyme emprunté à un personnage de Germinal — arrive en France en 1897. Autodidacte, ouvrier d’art, il se forme dans les milieux socialistes et antimilitaristes avant et pendant la Première Guerre mondiale.
Son engagement s’intensifie après 1917 : il salue la révolution russe, devient correspondant de la revue de Gorki, participe à la fondation du Comité français pour la IIIe Internationale, puis joue un rôle décisif dans la scission de Tours (1920) qui mène à la création du Parti communiste français. Il siège au comité directeur du PCF et à l’Internationale communiste, où Lénine lui reconnaît intelligence et ténacité.
Après la mort de Lénine, Souvarine s’oppose à la troïka (Staline, Kamenev, Zinoviev), défend Trotski, et est exclu du Komintern puis du PCF en 1924‑1925. Dès lors, il devient l’un des premiers critiques systématiques du stalinisme. Il dirige Le Bulletin communiste, fonde plus tard l’Institut d’histoire sociale, et poursuit une œuvre d’historien, d’essayiste et de polémiste jusqu’à sa mort à Paris en 1984. Souvarine y propose la première biographie critique de Staline, fondée sur une documentation considérable. L’ouvrage analyse la formation du bolchevisme, les luttes internes du parti, et la montée du pouvoir personnel de Staline.
Importance : ce texte pionnier de la soviétologie occidentale rompt avec l’hagiographie communiste et inaugure une lecture structurelle du totalitarisme soviétique.
Le Bulletin communiste (1920‑1930), revue théorique fondée par Souvarine, fut d’abord organe du communisme français, puis tribune de l’opposition communiste après son exclusion.
Importance : laboratoire intellectuel où s’élabore une critique interne du PCF, du Komintern et du stalinisme naissant. Souvarine y développe une méthode d’analyse marxiste non dogmatique, attentive aux faits, aux archives, et à la dynamique des appareils.
Souvarine contribue à faire connaître en France Cours nouveau (édition française, 1924), un texte de Trotski, qui défend la révolution permanente contre la doctrine du « socialisme dans un seul pays ».
Importance : acte politique majeur : il place Souvarine dans le camp trotskiste au sein du Komintern, ce qui précipite son exclusion.
Souvarine produit une masse d’articles sur le communisme, le bolchevisme et l’histoire soviétique (articles, essais, correspondances) dans L’Humanité, Le Populaire, Le Bulletin communiste, puis dans des revues d’histoire sociale.
Importance : ces textes constituent une critique méthodique du stalinisme, fondée sur l’étude des archives, la dénonciation des falsifications historiques et la défense d’un marxisme critique.
Souvarine fonde l’Institut d’histoire sociale pour rassembler archives, témoignages et documents sur le mouvement ouvrier international.
Importance : contribution majeure à l’histoire du socialisme et du communisme, souvent utilisée par les historiens contemporains.
Souvarinefut un passeur : du socialisme français vers le bolchevisme, puis du bolchevisme vers sa critique interne. Son œuvre, souvent polémique, est animée par une exigence documentaire rare et une méfiance profonde envers les appareils politiques. Il demeure l’un des premiers à avoir compris, dès les années 1920, la nature du stalinisme et ses dérives bureaucratiques.