Portrait du compositeur Sergueï Vassilievitch Rachmaninov (1873-1943), 1925 · Konstantin Andreevic Somov.State Russian Museum, St. Petersburg, Russia

 

Le fait décisif : Rachmaninov n'a jamais tenu de journal, et n'a pas écrit de mémoires. L'édition russe de référence le dit sans détour, et lui-même l'assumait : « Je ne vous écris rien de moi : je ne sais pas le faire et je n'aime pas le faire. C'était la vérité […] que je suis l'homme le plus ordinaire et le moins intéressant du monde ». Le corpus intime est donc un corpus par défaut, où quatre formes se substituent au journal :

  • Un carnet, un seul : le petit calepin où il notait, depuis 1907, date et lieu de chaque prestation. Purement factuel — aucune réflexion, aucun jugement, aucune description. Sa belle-sœur Sophia Satina en a fait la matrice d'une enquête mondiale, aujourd'hui le Performance Diary — attention au piège du mot « Diary » qui n'est pas un journal.
  • La correspondance, véritable substitut du journal : les lettres à Marietta Chaguinian (« Ré »), Morozov, Ziloti, Vilchaou. Édition de référence : les trois volumes du Literaturnoe nasledie d'Apetian, refondus en 2023 avec plus de 40 lettres inédites et l'archive en ligne.
  • Les Souvenirs dictés à Oskar von Riesemann (1934), seul récit suivi à la première personne — mais que Rachmaninov a désavoué, après un litige réglé à l'amiable puis étouffé par la famille. Source à double filtre, contenant des inexactitudes établies.
  • Plus de quarante entretiens et articles (1909-1943), réunis pour la première fois en 2024 par Geoffrey Norris  — avec cette curiosité : il n'existe aucun enregistrement de sa voix.

Sur la musique de son temps, l'aveu de 1939 vaut tous les manifestes : « Je me sens comme un fantôme errant dans un monde devenu étranger. » Et sur ses pairs, l'écart est frappant entre l'effusion — Medtner « le plus grand compositeur de notre temps », Tchaïkovski « le plus charmant » des artistes rencontrés, Mahler « le seul chef digne d'être rangé aux côtés de Nikisch » — et les silences : sur Scriabine, Stravinsky ou Prokofiev, presque rien de sa main.

Le rapport complet contient la typologie détaillée, l'histoire éditoriale, le contexte historique (dont l'affaire de la lettre ouverte de 1931 contre Tagore et le boycott soviétique qui suivit), un tableau des jugements avec citations sourcées, et une section de précautions critiques.

 

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