Le monde épistolaire. Un épistolier qui ne se confie pas : sur le métier d'écrire, la correspondance d'Italo Calvino (1ère partie)
19 sept. 2026/image%2F7219821%2F20260919%2Fob_26a86a_lm-e-pistolaire-blanchard.jpg)
Le volume est paru chez Gallimard, dans la collection « Du monde entier », pour le centenaire de la naissance de l'écrivain (Fondation La Poste). Huit cents pages, une préface substantielle, quatre index. Martin Rueff en a établi l'édition et reçu pour elle le prix Sévigné 2024 (Fondation La Poste). La sélection puise dans le millier de lettres de l'édition italienne procurée en 2000 par Luca Baranelli (BnF) : un tiers, donc, et pas davantage. Avertissement utile pour qui rêverait d'exhaustivité.
Le titre français n'existe pas en italien. Il a été forgé, et il fait entendre à dessein l'écho du Métier de vivre, le journal de Cesare Pavese (AOC). L'hommage est juste — Pavese fut le maître, le mentor, celui qui apprit à Calvino le métier de lecteur éditorial — mais il est aussi une prise de position. Rueff l'assume dans sa préface : « Calvino avait de solides idées sur ce qu'est un écrivain : un homme qui écrit. Le sujet importe peu, seul importe l'acte. Et l'acte, c'est l'écriture » (Textes & prétextes).
Tout le monde n'a pas applaudi. En attendant Nadeau juge « impropre » de ranger cette masse sous la seule notion de métier : ce que la correspondance donne à lire, ce n'est pas un savoir-faire, c'est la passion d'une vie prise dans l'Histoire (En attendant Nadeau). La querelle paraît de mots ; elle ne l'est pas. Elle décide de la manière dont on va lire les mille pages suivantes : comme un manuel d'artisan ou comme la chronique d'un engagement.
Ce que le lecteur d'intimes n'y trouvera pas
Autant le dire tout de suite : aucune lettre ne dévoile la vie privée de Calvino, et l'édition intégrale n'y changerait probablement rien (L'École des lettres). L'homme n'a pas tenu de journal, n'a jamais écrit pour se confier, n'aimait ni l'autobiographie ni le roman familial (La Libre). Il parle de sa « réticence » à s'abandonner à « l'élan de la mémoire autobiographique » et note que l'on se livre toujours « en se faisant un peu violence » (L'École des lettres). Il souhaitait même que ceux qui parlent de leur « chère âme » s'aperçoivent qu'ils disent des choses « aussi vaines qu'inconvenantes » (La Libre).
La doctrine est formulée sans équivoque en 1971 : « Un texte doit pouvoir se lire et se juger abstraction faite de l'existence ou pas d'une personne portant le nom et le prénom inscrits sur la couverture » (Textes & prétextes). Elle va jusqu'à un vœu presque comique, confié à Gore Vidal : qu'on cesse d'imprimer « Calvino » sur ses couvertures, puisqu'il se tient pour un auteur différent à chaque livre (Le Monde).
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