La correspondance entre Françoise de Graffigny et François‑Antoine Devaux, l’un des plus vastes échanges épistolaires du XVIIIᵉ siècle (plus de 2500 lettres, selon l’édition de la Voltaire Foundation). 

Les études de Nicolas Brucker et François Bessire permettent d’en préciser le contexte historique, la nature des lettres, et la relation entre les deux épistoliers. 

La correspondance s’inscrit dans la Lorraine du XVIIIᵉ siècle, puis dans le Paris littéraire des années 1738–1758. Graffigny et Devaux appartiennent à la petite noblesse ou bourgeoisie lettrée de Lorraine, liée à la cour ducale de Lunéville. En 1737, la Lorraine passe sous administration française ; la cour ducale se dissout. Graffigny quitte Lunéville pour Paris (1738–1739), tandis que Devaux reste en Lorraine. Leur correspondance devient alors un lien vital entre deux mondes. 

À Paris, capitale des lettres, Graffigny s’intègre progressivement au monde du livre, des salons, des libraires, des nouveautés littéraires. Elle en fait profiter Devaux, qui devient son confident, son lecteur privilégié, parfois son agent littéraire. Les lettres ont une fonction sociale. Elles servent de gazette littéraire, de chronique mondaine, de journal intime, et de réseau professionnel. Elles relèvent aussi de la République des Lettres, où circulent manuscrits, nouvelles, rumeurs, et critiques. 

Françoise de Graffigny (1695–1758), femme de lettres reconnue dans toute l’Europe est l’autrice de Lettres d’une Péruvienne (1747), immense succès. Elle arrive à Paris en 1739, vit de ses écrits et de son réseau littéraire. Sa correspondance quasi quotidienne avec Devaux dure pendant vingt ans. Elle constitue un témoignage exceptionnel sur la vie intellectuelle, sociale et féminine du XVIIIᵉ siècle. 

François‑Antoine Devaux (1712–1796), poète, homme de lettres lorrain, membre du cercle de Lunéville est l’ami intime de Graffigny. C’est un lecteur attentif, un conseiller, un relais d’informations. Il reste en Lorraine, ce qui fait de lui le destinataire privilégié des lettres de Paris. Sa propre production littéraire est plus discrète, mais son rôle épistolaire est central.

Les lettres présentent un double intérêt, historique et littéraire. Elles véhiculent les nouvelles du cœur (amitiés, brouilles, émotions, solitude, santé, finances). Elles fournissent des nouvelles de la cour (intrigues, nominations, rumeurs, vie de la noblesse) ainsi que des nouvelles de la ville (spectacles, salons, librairies, nouveautés littéraires). La vie quotidienne donne lieu à des informations  (logement, maladies, lectures, achats, relations sociales). Le travail littéraire y tient une place non négligeable (rédaction, corrections, stratégies éditoriales, contacts avec libraires). Le ton en est vif, spontané, souvent drôle, parfois plaintif, toujours très personnel. Selon Brucker, leur fonction consiste à inventer une langue pour se communiquer à l'autre. Cette correspondance est aussi un commerce littéraire : Graffigny transmet à Devaux des nouveautés, qu’il diffuse à des « clients » de haut rang. 


 

Exemples de lettres 

(reformulations fidèles, non citations intégrales)

Lettre de Graffigny à Devaux (Paris, vers 1740)

(Reformulation inspirée des thèmes récurrents)

« Mon cher ami, je vous écris encore avant que la journée ne s’achève, tant j’ai de choses à vous dire. Paris est aujourd’hui en tumulte : une nouvelle pièce fait grand bruit, et tout le monde en parle sans l’avoir lue. Je vous enverrai le manuscrit dès que je l’aurai obtenu. Pour moi, je travaille sans relâche ; mes idées me viennent en foule, mais mes forces me manquent. Ah ! que je voudrais que vous fussiez ici pour me soutenir et pour rire avec moi de toutes ces folies. »

Lettre de Devaux à Graffigny (Lunéville, vers 1745)

(Reformulation plausible selon les usages de Devaux)

« Madame et chère amie, vos lettres sont pour moi la seule consolation de ces jours monotones. Vous me peignez Paris avec tant de vivacité que je crois y vivre un instant. Ici, tout est tranquille : quelques vers que j’ai composés circulent dans notre petit cercle, mais rien n’égale les nouveautés dont vous m’entretenez. Continuez, je vous prie, à me faire part de vos travaux ; je vous lis avec une admiration que je ne puis taire. »

 

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