Frances, Catherine Marshall (1900-2004) est née  le 15 mars 1900 au 29 Bedford Square, en plein Bloomsbury, à Londres. Élevée dans une famille libérale athée « où Darwin tenait lieu de Dieu », elle est formée à Bedales (1915) puis à Newnham College, Cambridge (1918), d'abord en anglais puis en “moral sciences” — philosophie, psychologie, éthique, logique. Elle meurt le 5 février 2004, à 103 ans, à son domicile de Belgravia (Flat 2, 15 West Halkin Street), quelques semaines avant son 104e anniversaire. Elle était FRSL (1982) et CBE (2000).

Elle est la troisième fille et la dernière des six enfants de William Cecil Marshall (1849-1921), architecte prospère — finaliste malheureux du premier tournoi de Wimbledon en 1877, ami de Leslie Stephen et auteur d'un aménagement pour Darwin à Down House — et de Margaret Anna Lloyd (1863-1941), suffragiste militante qui emmena sa fille de six ans à sa première manifestation (Spartacus Educational, Wikipédia). La fortune familiale venait de filatures de lin près de Leeds.

Sa sœur aînée Ray Marshall, illustratrice, épousa David « Bunny » Garnett, dans la librairie duquel Frances travailla à partir de 1922. Elle épouse le 2 mars 1933 Ralph Partridge (1894-1960), ancien mari de Dora Carrington et troisième terme du ménage à trois de Ham Spray avec Lytton Strachey ; le mariage suit la mort de Strachey et le suicide de Carrington en 1932. Ralph meurt d'une crise cardiaque le 30 novembre 1960.

Leur fils unique, Lytton Burgo Partridge (8 juin 1935 - 7 septembre 1963), filleul nominal de Strachey, épouse en 1962 Henrietta Garnett, fille de David Garnett et d'Angelica (elle-même fille de Duncan Grant et Vanessa Bell) ; il meurt subitement trois semaines après la naissance de leur fille Sophie. Cette petite-fille, Sophie Vanessa, lui survivra.

Le Journal de guerre, tenu à Ham Spray de 1939 à 1945, ne paraît qu'en 1978 chez Hogarth Press, sous le titre A Pacifist's War, dans une version « légèrement remaniée ». Cet écrit privé n'était pas destiné à l'impression. Le journal était pour elle une habitude ancienne et intime, non un projet éditorial. S'y ajoutait le scrupule des vivants : elle a écarté à la publication tout ce qui risquait de blesser famille et amis, et détruisait ses manuscrits originaux à mesure qu'elle en tirait le tapuscrit destiné à l'imprimeur. Elle appliquera la même retenue plus tard, en taisant les circonstances de la mort de Burgo dans Other People, à la demande d'Henrietta.

Une vie déjà occupée par le travail des autres. De 1928 à 1937 elle et Ralph préparent l'édition non expurgée des mémoires de Charles Greville (huit volumes, 1938), puis elle vit de traductions du français et de l'espagnol, métier qu'elle n'abandonne qu'à soixante-dix ans. Le couple disposait de revenus privés et n'a jamais subi la pression de gagner de l'argent par la plume. Le Telegraph note qu'elle n'entreprend ses volumes autobiographiques que quinze ans après la mort de Ralph (1960) et celle de Burgo (1963), le journal ayant d'abord servi de réceptacle au chagrin.

La biographie de Lytton Strachey par Michael Holroyd (1967-1968), puis le choix de lettres et d'extraits du journal de Carrington édité par David Garnett en 1970, relancent l'intérêt pour le groupe. Dès les années 1960 biographes et chercheurs l'assiègent comme témoin ; après avoir vu la vie privée de ses amis disséquée dans la presse, au théâtre, au cinéma et à la télévision, elle passe elle-même de témoin à auteur.

Catherine s'en étonnait : « Tout cela me paraît extrêmement étrange. Devenir auteur à soixante-dix-sept ans ! ». L'accueil enthousiaste la ravit tout en la déconcertant d'avoir été poussée « sous les feux de la rampe ». Suivront Memories (1981) et six volumes de journaux jusqu'à Ups and Downs (2001), publié à cent ans avec l'aide d'un tapuscrit en gros caractères fourni par l'éditeur.

Une réserve de méthode : aucune source consultée ne cite une déclaration explicite d'elle-même sur ce délai de quarante ans ; les facteurs ci-dessus sont ceux que documentent nécrologies et comptes rendus. La biographie autorisée d'Anne Chisholm (Weidenfeld & Nicolson, 2009), fondée sur les papiers inédits, serait la source à consulter pour la genèse précise de la décision.

Photographie : Frances Partridge by Derry Moore, 12th Earl of Drogheda color print, 1992.

 

 

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